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A
quatre mois des présidentielles 2007, le canal St-Martin à Paris
est devenu le canal d'expression des SDF. Grâce à la jeune et
téméraire association "Les Enfants de Don Quichotte",
un grand coup de projecteur sur la condition des SDF, population encore trop oubliée
de tous, est à nouveau donné cet hiver 2006. D'une manière
originale mais percutante, l'objectif de ce collectif est de bâtir une passerelle
entre les "bien-logés" et les dizaines de milliers d'hommes et de femmes
vivant dehors dans des tentes ou dans des cartons. Augustin Legrand et
Pascal Oumakhlouf, les deux responsables des Enfants de Don Quichotte, invitent
pour cela tous les citoyens "Bien logés" à venir camper
dans la rue aux cotés des SDF, afin de prendre conscience sur le terrain
de ce que peut ressentir un sans abri au quotidien. Leur mouvement,citoyen
et apolitique, entend défendre ainsi les droits fondamentaux inscrits dans la
Constitution française, comme le droit à une vie décente et à des moyens convenables
d’existence et sensibiliser les bien-logés, qu'ils soient inconnus ou célèbres,
sur la condition dramatique de toutes ces personnes qui vivent dans la rue tous
les jours. Cette initiative audacieuse et novatrice a pour objectif de fédérer
les sans-logis et les bien-logés autour de l'idée d’un camping solidaire. A
ce jour, plus de deux cent petites tentes rouges et noires frappées des lettres
SDF peintes en blanc ou d'inscriptions diverses mais édifiantes sur ceux
qui les habitent, s'alignent le long du canal Saint-Martin, dans le Xème
arrondissement de Paris. Aucun problème majeur n'a été signalé dans le camp.
La Ville de Paris a installé des toilettes d'urgence et demandé aux bains douches
sur le quai d'être ouverts tous les jours. Les berges du canal restent propres.
De nombreuses personnes s'y côtoient dans un froid glacial, jour et nuit
: des bénévoles assurant l'intendance du campement, des passants
curieux, des riverains venus porter un peu de café chaud ou autres dons
de première urgence, des représentants d'associations, des "bien-logés"
en quête d'expèrience avec les SDF déjà familiers des
trottoirs de Paris et même un "gardien du sommeil" qui effectue
ses rondes nocturnes pour assurer le calme de cette résidence des rues. Ils
sont tous là, venus rejoindre Les Enfants de Don Quichotte pour demander
"la mise en oeuvre immédiate de mesures permettant l'accès de tous à un logement
décent" et, en attendant, à un hébergement permanent. Pour appuyer leurs
revendications, les Enfants de Don Quichotte ont rédigé un document officiel à
destination des citoyens et des politiques: " La Charte du Canal St-Martin"
qui énonçe une série de mesures, contenues dans six articles, à
laquelle chacun peut adhérer soit sur place, canal Saint-Martin, soit via
le site de l'association. La Charte a été transmise à Jacques
Chirac dans laquelle ils y réclament l'ouverture des structures d'hébergement
"24 heures sur 24 et 365 jours par an", la création "immédiate d'une offre de
logements temporaires", la création de "plus de logements sociaux", de "centres
d'accompagnement et de stabilisation", le développement de "formes alternatives
de l'habitat". Les Enfants de Don Quichotte demandent également dans ce texte
que tout accueil en hébergement mène à "une solution stable" pour éviter "le renvoi
à la rue" et que le droit au logement soit "opposable" sur tout le territoire. Rappel:
le terme de Sans domicile fixe apparait dès le XIXe siècle sur les registres de
police, il renvoie à une longue tradition de gestion de la pauvreté et de la mendicité.
En 2006 leurs défenseurs s'affirment: "Seront appelés Enfants
de Don Quichotte tous les hommes et femmes décidés à se mettre en danger pour
combattre l’injustice sociale et restaurer la dignité des personnes, décidés à
se mettre en danger pour sauver les principes fondateurs de notre démocratie et
faire respecter les droits humains élémentaires, décidés à se mettre en danger
pour promouvoir une société fraternelle et faire entendre la voix de ceux qui
n’en ont plus." "Seront appelés Amis des Enfants de Don Quichotte tous
les citoyens et citoyennes qui, par quelques moyens que ce soit (actions, dons,
encouragements, présences, protection, etc...) aideront ou soutiendront un enfant
de Don Quichotte à réaliser son action citoyenne." NB : "Se mettre en danger"
ne signifie en aucun cas une prise de risque physique ou corporel. L’intégrité
de la personne physique est une valeur fondamentale que nous ne saurons remettre
en cause. La mise en danger en question est de nature sociale, notamment par rapport
au regard et au jugement d’autrui."
Les Enfants de Don Quichotte
confirment que leur mouvement, qui s'est élargi à ce jour dans d'autres
villes de France, durera jusqu'à "la prise en compte par les pouvoirs publics"
de leurs propositions. De son côté, Médecins du monde, qui, il y a un an,
avait suscité force polémiques en distribuant 400 tentes à des SDF à Paris, a
lancé sur Internet une pétition nationale pour l’octroi d’hébergements « durables
et adaptés aux besoins réels des personnes à la rue ».
Article
mis en ligne: Décembre 2006 Copyright © 2000+ Actualités
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